Santiago
Île historique du Cap-Vert, Santiago marie Cidade Velha, premier comptoir tropical européen, aux villages badiu de l'intérieur montagneux et aux marchés d'Assomada.
Santiago est la plus grande île de l'archipel et concentre près de la moitié de la population capverdienne. Praia, capitale du pays, occupe un plateau côtier au sud, le Platô, autour duquel se sont développés les quartiers d'Achada Santo António, Prainha et Palmarejo. Notre équipe basée à Praia accompagne les voyageurs sur une île qui se lit en deux temps : la côte sèche, ventée, ourlée de plages de sable noir comme Tarrafal au nord ou São Francisco à l'est, et l'intérieur montagneux où se rejouent des paysages plus verts, agricoles, presque continentaux.
L'histoire pèse lourd à Santiago. Cidade Velha, à quinze kilomètres de Praia, fut fondée en 1462 sous le nom de Ribeira Grande. Premier établissement européen sous les tropiques, elle servit de plaque tournante de la traite négrière atlantique pendant près de deux siècles. Le pilori sur la place centrale, la forteresse Real de São Filipe construite en 1587 pour repousser les corsaires, dont Francis Drake qui pilla la ville en 1585, et les ruines de la cathédrale témoignent de cette époque. L'UNESCO a classé le site en 2009. C'est aussi à Cidade Velha que naît la culture badiu, mélange de racines ouest-africaines et portugaises, dont le batuque, percussion et chant féminins joués sur un coussin de tissu roulé, reste l'expression la plus vivante.
L'intérieur de l'île offre un contraste marqué. La Serra Malagueta, au nord, culmine à 1064 mètres et constitue un parc naturel où poussent dragonniers, eucalyptus et plantes endémiques. La température y descend de 5 à 8 degrés par rapport à la côte, et les sentiers traversent des vallées agricoles encore cultivées en terrasses : canne à sucre pour le grogue, l'eau-de-vie locale, manioc, maïs, haricots. Plus à l'ouest, le Pico d'Antónia monte à 1394 mètres, point culminant de l'île. Les villages de Rui Vaz, João Teves et Picos s'accrochent à ces flancs et conservent un mode de vie rural badiu, marqué par la transhumance et le travail collectif des champs.
Assomada, deuxième ville de Santiago, vit au rythme de son marché du mercredi et du samedi, l'un des plus actifs du pays. On y vend la production maraîchère de la vallée de Picos, le fromage de chèvre de l'intérieur, le poisson séché de Tarrafal et le grogue artisanal des trapiches voisins. À une dizaine de kilomètres, le poilão de Boa Entrada, fromager géant d'une trentaine de mètres, est considéré comme le plus vieil arbre de l'île. Tarrafal, au nord, conserve sur sa baie un ancien camp de concentration salazariste, le Campo da Morte Lenta, où furent internés des opposants portugais puis des nationalistes africains entre 1936 et 1974. Le site se visite et complète utilement la compréhension de l'histoire coloniale entamée à Cidade Velha.
Le climat de Santiago est sec et chaud toute l'année, avec des températures oscillant entre 22°C en février et 28°C en septembre sur la côte. La saison des pluies, appelée localement les chuvas, se concentre entre août et octobre, avec des averses brèves mais parfois intenses qui verdissent l'intérieur pendant quelques semaines. Le reste de l'année, le paysage est sec, ocre, balayé par les alizés. Côté table, on retient la cachupa, ragoût de maïs concassé, haricots et viande ou poisson, plat national qui prend à Santiago sa version la plus copieuse, et le buzio guisado, escargots de mer mijotés que l'on partage en apéritif sur le port de Praia.
Pour notre agence locale, Santiago est l'île où l'on comprend ce qu'est le Cap-Vert au-delà de la carte postale balnéaire. Elle se mérite par la marche, la conversation et la table, plus que par les plages.
À découvrir
Cidade Velha et la forteresse Real de São Filipe. Promenade dans le premier comptoir européen tropical, du pilori à la rua Banana bordée de maisons basses, puis montée à la forteresse de 1587 qui domine l'embouchure de la Ribeira Grande.
Randonnée dans la Serra Malagueta. Sentiers entre 800 et 1064 mètres dans une végétation humide de dragonniers et de cultures en terrasses, avec descente possible sur le village de Hortelão.
Marché d'Assomada le mercredi. Étals de fromage de chèvre, grogue artisanal et produits maraîchers de la vallée de Picos, dans une ville qui reste le poumon agricole de l'île.
Soirée batuque dans un village badiu. Cercle de femmes percutant le coussin de tissu, chants en créole et danses du torno, héritage direct des plantations de canne du 16e siècle.
Tarrafal, baie et mémoire du camp. Plage de sable clair adossée au Monte Graciosa, et visite du camp de concentration salazariste actif de 1936 à 1974, aujourd'hui musée.
Quand y aller
Santiago se visite toute l'année. La période la plus confortable s'étend de novembre à juin : températures de 22 à 26°C sur la côte, ciel sec, alizés modérés. Les mois de février et mars sont les plus frais, parfaits pour la randonnée dans la Serra Malagueta où le thermomètre tombe à 16-18°C la nuit. De juillet à mi-octobre, l'air devient plus lourd, avec des pointes à 30°C à Praia et une humidité notable.
La saison des pluies, courte et irrégulière, se concentre entre mi-août et fin octobre. Les averses sont brèves mais peuvent rendre certaines pistes de l'intérieur difficiles, notamment vers Rui Vaz et le Pico d'Antónia. C'est aussi la période où l'île est la plus verte, intéressante pour qui cherche les paysages agricoles plutôt que les plages. Nous évitons de programmer les longues marches en septembre, mois le plus pluvieux statistiquement.
Conseils pratiques
Comptez au minimum trois jours pleins pour Santiago : une journée Praia et Cidade Velha, une journée intérieur avec Assomada et la Serra Malagueta, une journée pour rejoindre Tarrafal par la côte est ou la route de l'intérieur. Cinq jours permettent d'ajouter une nuit à Rui Vaz en altitude et une exploration plus lente des villages badiu. L'aéroport international Nelson Mandela de Praia est le point d'entrée logique, desservi par des vols directs depuis Lisbonne, Paris et Dakar.
Santiago se combine facilement avec Fogo, à 45 minutes de vol, pour qui veut prolonger par le volcan et les vignes de Chã das Caldeiras, ou avec São Vicente et Santo Antão pour un contraste fort entre île historique et îles de la randonnée. Le confort hôtelier va du 4 étoiles à Praia aux maisons d'hôtes simples dans l'intérieur. C'est une île qui parlera surtout aux voyageurs curieux d'histoire, de musique et de rencontres, moins à ceux qui cherchent exclusivement la plage : pour cela, Sal et Boa Vista restent mieux équipées.

