Santo Antão
L'île verte de l'archipel, accessible en ferry depuis Mindelo, traversée par d'anciens chemins pavés qui relient le cratère de Cova aux villages côtiers du nord.
Santo Antão est la deuxième île de l'archipel en superficie et la plus septentrionale du groupe Barlavento. Elle se rejoint depuis Mindelo, sur São Vicente, par un ferry quotidien d'une heure qui dépose les voyageurs à Porto Novo, sur la côte sud, plus aride. C'est en franchissant la chaîne centrale, par l'ancienne route pavée de la Corda ou par la route asphaltée plus récente qui passe par le col de Delgadinho, que l'on bascule sur le versant nord, humide et vert.
Cette opposition entre les deux versants structure toute la vie de l'île. Au sud, le paysage rappelle un désert minéral, ponctué de quelques cultures de manioc et de patate douce. Au nord et à l'est, les alizés viennent buter contre les reliefs et déclenchent un microclimat qui alimente les vallées de Paúl, Ribeira Grande et Ribeira da Garça. On y cultive la canne à sucre en terrasses, le café d'altitude autour de Cabo da Ribeira, les bananiers, les manguiers, le maïs et les haricots. Cette agriculture vivrière est encore largement manuelle, organisée autour de petites parcelles familiales accrochées à des pentes parfois vertigineuses.
Le coeur de l'île est occupé par Cova de Paúl, un ancien cratère volcanique d'environ 1500 mètres d'altitude, transformé en damier de cultures. Depuis le rebord du cratère, par temps clair, on aperçoit l'océan des deux côtés. C'est là que démarrent plusieurs des sentiers les plus marqués de l'archipel, dont la descente classique vers Ponta do Sol par la vallée de Ribeira do Paúl, qui demande environ cinq heures de marche sur des chemins pavés à l'époque coloniale. Ces caminhos reliaient les hameaux avant l'arrivée des pistes carrossables et ils constituent aujourd'hui le réseau principal pour qui veut traverser l'île à pied.
Les villes du nord ont chacune leur tonalité. Ribeira Grande, ancienne capitale administrative, conserve quelques façades coloniales et un marché actif le matin. Ponta do Sol, plus à l'ouest, est un ancien port aux maisons basses peintes, où l'on voit encore les barques de pêche rentrer en fin de matinée avec le thon et la garoupa. Plus à l'est, vers Cruzinha da Garça, on entre dans une zone moins fréquentée, plus rurale, où les hameaux s'égrènent au-dessus de criques quasi inaccessibles.
La culture locale tient beaucoup à la production du grogue, l'eau-de-vie de canne distillée dans des trapiches, ces alambics traditionnels actionnés par traction animale ou moteur. À Paúl, plusieurs distilleries familiales se visitent autour de Vinha et Cabo da Ribeira. On y déguste aussi le ponche, sirop de grogue parfumé au miel de canne, au tamarin ou au citron. Côté cuisine, la cachupa, ragoût de maïs, haricots et viandes ou poissons, prend ici une dimension agricole nette, avec des légumes-racines cultivés sur place. La langue parlée au quotidien est le créole de Santo Antão, qui présente des différences marquées avec celui de Santiago.
L'île ne dispose pas d'aéroport en service. Tout passe par Mindelo et le ferry, ce qui en fait une étape qu'il faut planifier dans un itinéraire d'archipel. Cette contrainte logistique a aussi préservé Santo Antão d'un développement touristique massif. On y vient pour marcher, pour comprendre une agriculture de montagne tropicale, et pour traverser, en quelques jours, des paysages qui changent radicalement tous les vingt kilomètres.
À découvrir
Descente de Cova à Ponta do Sol. Cinq heures de marche depuis le rebord du cratère vers la mer, sur d'anciens chemins pavés qui traversent les hameaux étagés de la vallée de Paúl, parmi cannes à sucre et bananiers.
Distilleries de grogue à Paúl. Visite des trapiches autour de Vinha et Cabo da Ribeira, où la canne est broyée puis distillée dans des alambics en cuivre, avec dégustation du ponche au miel de canne.
Sentier côtier de Ponta do Sol à Cruzinha. Six à sept heures le long de falaises au-dessus de l'Atlantique, en passant par Fontainhas, village suspendu sur un éperon rocheux que l'on photographie depuis le sentier.
Vallée de Ribeira da Torre. Vallée encaissée derrière Ribeira Grande, remontée à la journée parmi les terrasses irriguées par des levadas, jusqu'aux hameaux de Lombo de Pico et Boca de Coruja.
Route de la Corda. Ancienne route pavée qui franchit l'île du sud au nord en passant à 1300 mètres, avec un changement complet de végétation sur une cinquantaine de kilomètres.
Quand y aller
Santo Antão se visite toute l'année, mais les conditions varient nettement avec l'altitude et le versant. La période la plus confortable pour la randonnée s'étend de novembre à juin, avec des températures comprises entre 20 et 26 degrés sur la côte nord et 12 à 18 degrés sur les hauteurs de Cova le matin. Les alizés soufflent fort de janvier à mars, ce qui rend les crêtes parfois venteuses mais garde l'atmosphère claire.
De fin juillet à octobre, c'est la saison des pluies, localement appelée das águas. Les averses concernent surtout le versant nord et est, souvent en fin d'après-midi, et peuvent rendre certains sentiers pavés glissants ou couper temporairement des pistes par éboulement. C'est en revanche la période où les vallées sont les plus vertes et où l'on voit l'agriculture en pleine activité. Le versant sud, autour de Porto Novo, reste sec presque toute l'année. Août et septembre concentrent les épisodes les plus marqués, à éviter pour un programme de marche soutenu.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de quatre jours sur place pour rentabiliser la traversée en ferry et enchaîner deux ou trois sentiers majeurs. Cinq à six jours permettent d'inclure la côte nord-est jusqu'à Cruzinha et une journée plus contemplative dans la vallée de Paúl, autour des distilleries. Au-delà d'une semaine, on entre dans une logique de randonnée approfondie qui s'adresse aux marcheurs aguerris. L'accès se fait exclusivement par le ferry depuis Mindelo, ce qui impose de combiner Santo Antão avec São Vicente, au minimum une nuit à Mindelo de part et d'autre.
La combinaison la plus cohérente associe Santo Antão et São Vicente sur la branche nord, puis Santiago pour la dimension historique autour de Cidade Velha, et Fogo pour le volcan et les vins de Chã das Caldeiras. Les îles de Sal et Boa Vista, davantage balnéaires, s'ajoutent en fin de séjour pour ceux qui veulent terminer par la plage. L'hébergement à Santo Antão se fait dans des pensions familiales et quelques petits hôtels à Ponta do Sol, Ribeira Grande et dans la vallée de Paúl, avec un confort simple et soigné. L'île convient particulièrement aux randonneurs, aux voyageurs curieux d'agriculture et de paysages, et aux couples cherchant une étape rurale entre deux îles plus urbaines. Elle est moins adaptée aux très jeunes enfants en raison du dénivelé permanent.
